This is an account of our trip around the world,as a family, starting July 2008 for 10 months

04/07/2009

Reflexions en vrac - Steph

Voilà nous entamons nos dernières semaines de voyage. Etrange impression de quitter cet habit du voyageur « sans fin » pour retourner dans notre ancien type de vie.
Je vais essayer d’exprimer l’essentiel du ressenti, des émotions, frustrations, manque, joie, etc..vécus ces derniers mois.


Ce qui me vient à l’esprit en premier est l’écoulement du temps. Cela m’a frappé lors de mes voyages précédents. Ma perception de l’écoulement du temps qui passe est radicalement différente lors du voyage. Pour concrétiser cette sensation je dirais qu’un mois de voyage « équivaut » à une année de vie »normale. Le dépaysement, le nouveau, la découverte, les aventures, les nouvelles personnes rencontrées…le nouveau de chaque jour fait que le temps passe moins vite. Une des explications est le changement de rythme de vie passant d’une vie professionnelle et personnelle très remplie, voire frénétique parfois, à un rythme de vie sans contraintes temporelles, sans une vraie routine. Mais comme nous avons besoin d’une forme de routine et qu’elle est inévitable sur la durée, nous l’avons recréée à notre manière adaptée à nos pérégrinations : 2heures d’école le matin, « quiet time » (temps calme / sieste) après le déjeuner, visite ou promenade l’après-midi, écriture du cahier de bord, ipod/musique, dessin/peinture, bricolage, etc…

Bref, cette aventure de 10 mois a duré beaucoup beaucoup plus que 10 mois !

Un autre fort sentiment est le manque terrible des amis et de la famille, surtout ressenti les premiers mois. C’est sûrement à associer aux difficultés de vivre 24h sur 24 avec sa femme et ses enfants. J’en parlerai plus tard de cet aspect de la promiscuité et de vivre sa paternité. Je le savais et le voyage l’a confirmé : les amis, les copains, la famille proche et moins proche, se savoir loin d’eux a engendré un espèce de vide, de manque affectif. Ce manque très vif au début s’est estompé au fil des mois- « loin des yeux loin du cœur » ? ou simplement la date du retour se rapprochant, cette frustration s’est amoindrie, sans jamais disparaître. Vivement le retour, pour serrer dans mes bras toutes ces personnes.

Vivre en famille, avec son épouse et ses enfants, 24h sur 24 7jours sur 7, a testé notre couple et testé ma paternité. Vivre cette promiscuité dans les quelques mètres carrés d’un camping-car ou d’une ou 2chambres d’hôtel, a été une nouvelle expérience de vie, une nouvelle aventure ! Ces 10 mois m’ont permis de vivre pleinement avec mes enfants, de les voir grandir, de mieux appréhender leurs qualités et leurs défauts. Pareillement mes enfants ont découvert un papa qui n’est malheureusement pas parfait, qui n’est pas le chef du monde, qui a ses défauts, ses limites. Et à juste titre ils m’ont parfois reproché de m’agacer, de m’énerver, de lever la voix pour des choses futiles… Avec le recul plusieurs nouveaux éléments m’ont déstabilisé au début, me rendant plus vulnérable, plus irritable : 1/ la crainte que le CC tombe ne panne in the middle of nowhere (c’est arrivé en patagonie) ; 2/ l’angoisse que le camion ne redémarre pas après une pause déjeuner, c’est arrivé à La Paz.3/ la hantise que le chauffage ne s’allume pas alors qu’il fait un froid de canard (c’est presque arrivé) ; 4/ que soudainement l’électricité ne fonctionne plus (c’est arrivé, dîner aux bougies est tellement romantique !) 5/ une roue qui crève sur une mauvaise piste de montagne (et avant de partir on vous a conseillé d’avoir 2 ou 3 roues de secours), c’est arrivé dans la cordillère blanche, 6/devoir s’arrêter à diverses reprises car le moteur est en surchauffe, c’est arrivé à San Pedro de Atacama 7/ s’enliser dans le sable alors qu’il n’y a presque personne, c’est arrivé dans le nord Lipez, proche de la frontière bolivo-chilienne. 8/ un pneu sur le toit mal arrimé qui dégage du toit sans s’en rendre compte, c’est arrivé sur une route désertique. Au-delà des aspects mécaniques du camion, le manque affectif des amis et de la famille, le manque de confort (dormir à deux dans un lit de 1.07m, ce n’est pas tous les jours romantique), le manque d’espace vital, le manque de solitude m’ont donc déstabilisé et mon voisinage l’a bien ressenti. Enfin, rien de grave docteur, il m’était important de l’écrire.
Donc ma paternité a expérimenté de nouvelles situations constructives puisqu’elles ont contribué à une meilleure connaissance de soi…

Facile transition pour écrire quelques mots sur la connaissance de soi, voire la re-naissance ? La fameuse phrase de Nicolas Bouvier : « vous pensez faire un voyage, en réalité c’est le voyage qui vous fait et qui vous défait. L’aventure du voyage m’a aussi trimbalé et a mis l’accent sur certains traits de personnalité, certaines frustrations (impatience, négativisme, difficulté à profiter du moment présent, ne pas s’autoriser a vivre pleinement le bonheur d’une situation heureuse..) Toutes ces petites épreuves, ces légères frustrations consciemment vécues m’ont permises de me connaître un peu mieux, notamment grâce à une meilleure acceptation de soi. Cette forme de renouveau engendre une bonne énergie positive, un mieux être, une meilleure « êtreté ».

Autre émotion forte : la rencontre avec la Nature. Nous avons contemplé des paysages extraordinaires, de véritables dons que la Nature offre à l’homme : la beauté époustouflante du glacier Périto Moreno, l’étonnant lac salé d’Uyuni en Bolivie, la cordillère blanche au Pérou, l’Altiplano bolivien, les chutes d’Iguazu, les lacs, fjords de Nouvelle-Zélande, la baie de Tasmanie, la baie d’Ha Long, le désert d’Oman, les ciels étoilés, les rizières vietnamiens de Sapa, etc.. sont tous des moments de rencontre privilégié avec la nature qui force au respect. Toutes ces beautés de la Terre vous donnent simplement envie de la protéger, de faire attention à la manière dont on vit.
Les fleurs, les oiseaux, la baleine, les lions de mer, etc..


Autre point fort mais parfois frustrant : la rencontre avec les Autres. Nous avons eu quelques belles rencontres. La frustration est peut-être de ne pas en avoir davantage et qu’elles furent souvent trop brèves. Je pense aux producteurs de vin chilien (Lautoro), si touchant, simple et vrais dans leur communication. Ils nous ont ouverts leurs cœurs en confiance. Ils nous ont fait pleuré les bougres !! Franck, un voyageur suisse d’une soixante d’années, rencontré à Salta, m’a véritablement coaché pendant 3 jours pour réparer l’électricité de la cellule. Un vrai père qui pousse son fils dans ses limites pour qu’il réussisse un défi quasi-inatteignable. Ce vieil équatorien rencontré dans les termes de Banos avec qui nous avons partagé en profondeur sur la fidélité dans le couple. Le voyageur a la rencontre facile et est souvent un récipient/receveur de vérités, de secrets, de sentiments intimes. Le voyageur donne et reçoit car il sait que l’autre ne reste pas, passe son chemin. Ente voyageurs les comportements sont souvent similaires car 1/ le temps est compté, le prochain départ étant immuablement proche, 2/ il n’y a pas de lendemains, 3/ il est bon de parler, de délester ce qu’on a sur le cœur et d’échanger de bons tuyaux, 5/ l’entraide et le respect mutuel. Nous avons discuté avec un grand nombre de voyageurs. Ceux qui ont tout plaqué, tout vendu, pour changer de vie. Certains sont sur la route depuis plusieurs années. Ce belge en vélo qui « descend » tout le continent américain depuis le nord de l’Alaska jusqu’à la terre de Feu. Nous l’avons doublé son kilomètre 26832, en Argentine. Cette famille avec deux jeunes ados, sacs au dos rencontré San Pedro de Atacama et que nous retrouverons par le plus grand des hasards dans les petites rues d’Hanoi 6 mois plus tard.. ; des retraités en bus ; des jeunes couples, une fille seule, etc..Et puis une multitude de courtes rencontres le temps d’une soirée, d’une pause, d’un trajet en bus, etc.. Father George, en charge de l’orphelinat d’Ashalayam dans une des banlieues de Calcutta. Pon, une laotienne pédiatre qui nous a hébergé à Luang Prabang ; Valentina à Cuyo Grande, près de Cuzco, La Marcela sur les hauts plateaux près de Juliaca, Pérou, Otavio en amazonie équatoriale… Lors de notre périple, Caroline et moi nous sommes continuellement fait la réflexion que les gens, les locaux sont gentils, accueillants, bienveillants et souriants. Nos 3 têtes blondes sont pour beaucoup attendrissant immédiatement les locaux. Nous avons échangé simplement, sans se sentir jugé, culturellement évalué, financièrement jaugé. A aucun moment nous avons expérimenté l’insécurité. Il est vrai que nous sommes restés relativement prudent dans nos aventures, prévenants, à essayer d’anticiper au mieux les possibles infortunes. Ila fallu être « caméléon », faire fonctionner/développer le système D, anticiper, glaner la bonne info, faire confiance à son instinct, à on sens de l’orientation, être vigilant au volant.

Le « fairtremvoyage », c’est aussi quelques rencontres touchantes avec des personnes travaillant pour le développement du commerce équitable. Nous avons eu la chance de rencontrer des producteurs de bananes en Equateur, de laine et d’artisanat au Pérou, de quinoa en Bolivie, de vin au Chili, des confectionneurs de vêtements, artisans et brodeuses au Vietnam et u producteur de thé à Kurseong, près de Darjeeling en Inde.


Les viticulteurs du Chili nous ont simplement raconté que grâce au commerce équitable ils ont pu reconvertir leurs terres, planter des vignes, gagner plus d’argent pour se loger décemment, se vêtir, se nourrir, apprendre à lire et à écrire, scolariser leurs enfants et s’affranchir de leur complexe d’infériorité. Ils nous expliquent qu’ils ont pris confiance en eux ne serait-ce que pour pouvoir oser parler à un inconnu, chose qu’il n’envisageait pas avant car trop timide, non éduqué, ayant peur de mal s’exprimer. Nous avons intensément échangé avec Raoul qui a combattu toute sa vie pour le développement de la dignité humaine, l’élévation de ces gens de la terre. Nous avons évidemment dégusté plusieurs verres ensemble aussi pour alléger nos émotions et remercier celui et ceux qui ont contribué à leur meilleur bien-être.
A Saigon Maï et Thy, 2 femmes dans leur soixantaine à l’énergie et l’enthousiasme débordants, formées par des O.N.G, suspectées par le régime communiste, ont créées des ateliers d’artisanat pour finalement développer leur gamme de produits grâce au réseau du commerce équitable. Les résultats sont toujours à peu près similaires d’un pays à un autre : les personnes très pauvres peuvent dans un premier temps subvenir à leurs besoins primaires pour ensuite s’occuper de l’éducation et leurs enfants.
Les producteurs boliviens de quinoa, au bord du salar d’uyuni, apprenent à s’organiser en communauté de producteurs pour défendre leurs intérêts, mieux vendre. Ils sont illettrés, parlent peu, se réunissent grâce à une charmante bolivienne éduquée qui leur explique comment travailler en groupe, s’unir et s’organiser à plusieurs. Nous nous rendons compte de leurs carences alimentaires ne mangeant presque uniquement du quinoa…

Rajah, ce riche propriétaire terrien, plantation de thé d’environ 600 hectares proche de Darjeeling, écoule 1/3 de sa production vers les canaux de distribution commerce équitable. Héritier et éduqué dans les meilleurs écoles d’Inde et d’Angleterre, n’a pas attendu les riches idées du commerce équitable pour élever ses ouvriers en leur pourvoyant maisons, nourriture, assistance médicale, bourses d’écoles, etc.… Ce sage hindouiste de 61 ans nous a emmené dans ses plantations pentues pour nous expliquer le pourquoi et comment de son thé au label organique. Sans entrer dans le détail il nous fait comprendre qu’il n’est pas un supporter fervent du commerce équitable, un peu trop contraignant à son goût. Il nous mène sur le terrain de la discussion philiso-métaphysico-spirituelle. Quelques paroles autour de la sagesse, de la définition de l’Amour, de la réincarnation nous donne les bases d’une amitié courte, simple et vraie, le tout en sirotant…. du green tea of course !

D’autres rencontres nous confirment les bienfaits du commerce équitable qui a pris une grande ampleur et va continuer à croître. Certaines personnes, fortement impliquées, critiquent les abus, les lenteurs administratives et autres rigidités. L’idée du commerce équitable est évidemment géniale et responsabilise le consommateur des pays développés car in fine c’est lui, via son panier de courses hebdomadaire, qui décide de contribuer au développement des pays pauvres, à une meilleure répartition des richesses matérielles.




Je repartirai, nous repartirons. Je suis à la fois triste de quitter la robe du voyageur et impatient de rentrer, de me poser, de retrouver nos proches, de dormir dans mon lit, d’avoir davantage d’espace vital, de retourner dans la vie professionnelle, d’être présent aux mariages de nos cousins, de poser un regard neuf sur les personnes et l’environnement. Je reviens avec un grand réservoir d’énergie, très admiratif des peuples d’Amérique du Sud, du Vietnam, du Laos et d’Inde. Cette aventure est bouffée d’oxygène qui vous donne comme un 2ème souffle, une 2ème vie (play again l’extra balle, c’était trop de la balle.